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A LA RECHERCHE DE L’ÉCRITURE IMPROVISÉE

A LA RECHERCHE DE L’ÉCRITURE IMPROVISÉE / 23 mars 2016

Par Laurent Mazé
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©Juliette Agnel

S’il y a deux ouvrages qu’on peut conseiller aux improvisateurs férus de spectacles d’improvisation communément appelés « formes longues » (généralement une ou plusieurs improvisations d’une durée minimum de 30 mn), ce sont L’Anatomie du Scénario de John Truby et La Dramaturgie de Yves Lavandier. Les deux ouvrages sont prioritairement destinés aux scénaristes qui veulent parfaire leur technique du récit, mais les comédiens et comédiennes adeptes de construction d’histoires improvisées au long cours y trouveront leur bonheur. Parfaitement complémentaires et s’appuyant sur un répertoire très large du théâtre et du cinéma, ils distillent des conseils précieux et s’avèrent une indispensable boîte à outils de l’écriture improvisée.

L’Anatomie du Scénario s’appuie sur le précepte que toute histoire repose sur 7 piliers inamovibles :

  1. Faiblesses et besoins du héros
  2. Désir du héros
  3. Adversaire du héros
  4. Plan du héros
  5. Confrontation finale avec l’adversaire
  6. Révélation personnelle du héros
  7. Nouvel équilibre

Bien entendu, une forme longue improvisée ne saurait prétendre au statut de scénario minutieusement écrit, car la nature organique de l’improvisation y laisserait son âme. On peut même affirmer sans crainte que quand on improvise une forme longue avec deux ou trois scènes d’avance, ce n’est plus vraiment de l’impro. Mais le chemin que propose Truby, sur lequel une impro longue peut faire toutes les embardées possibles et imaginables, a l’avantage de fournir la même carte mentale aux participants d’un spectacle de forme longue. Ainsi, on joue sur le même terrain avec les combinaisons qu’on veut. Si un(e) formateur/trice fait travailler ses élèves sur des impros de format long, on peut lui conseiller d’insister particulièrement sur la notion de « faiblesses et besoins » des personnages, qui constituent un excellent carburant de jeu. Avoir en tête que le protagoniste d’une histoire doit toujours avoir un adversaire (ça peut être lui-même !) est aussi un réflexe quasi indispensable dans l’écriture d’impros longues car sans polarité, toute histoire finit par s’effondrer sur elle-même.

Moins didactique que le livre de Truby, La Dramaturgie fournit aussi de nombreux outils d’écriture qui, parfois, se recoupent avec ceux proposés par Truby. L’intérêt de l’ouvrage de Lavandier tient notamment en un chapitre particulièrement remarquable sur un outil scénaristique souvent ignoré mais tellement précieux : l’ironie dramatique. Cet outil puissant du récit est mis en oeuvre quand le spectateur détient une information qu’ignorent un ou plusieurs personnages. Ainsi il y a un décalage d’informations entre plusieurs personnages entre eux, mais également entre le spectateur et un ou plusieurs personnages. Lavandier décrit minutieusement les 3 phases cruciales de l’ironie dramatique dans un récit: son installation, son exploitation et sa résolution. Cet outil est à tester en atelier car c’est un formidable moteur de jeu pour l’écriture improvisée, quel que soit le genre ou le style de l’impro.

Le conseil ultime à donner à toutes les troupes d’impro qui souhaitent se lancer dans la forme longue ou en parfaire la pratique est de se constituer un référentiel commun de notions scénaristiques de base. Ces deux ouvrages les y aideront à coup sûr.

Laurent Mazé

Directeur artistique de PARIS IMPRO

John Truby, L’Anatomie du Scénario, éditions Nouveau Monde

Yves Lavandier, La Dramaturgie, éditions Le Clown et l’Enfant

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