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LE FESTIVAL SUBITO : L'IMPRO DANS TOUS SES ÉTATS - PARIS IMPRO - PARIS IMPRO

LE FESTIVAL SUBITO : L’IMPRO DANS TOUS SES ÉTATS

LE FESTIVAL SUBITO : L’IMPRO DANS TOUS SES ÉTATS / 21 avril 2016

Par Laurent Mazé

FESTIVAL SUBITO 2016

© Impro Infini

L’édition 2016 de SUBITO, un des plus grands festivals européens de théâtre d’improvisation, a une nouvelle fois offert un large panel de ce que propose la création improvisée internationale.

Organisé à Brest et ses environs par la compagnie Impro-Infini, SUBITO 2016 s’est articulé autour de quatre temps forts : un « Mondial d’Impro » sur le concept du catch-impro, un week-end amateur où plusieurs troupes sont venues présenter leurs créations, des workshops aux thématiques très variées (formes longues, danse, jeu masqué, masque primate, clown, jeu sans paroles, etc.), dans lesquels quelques 80 participants ont pu parfaire leur art de l’improvisation, et des « Nuits de l’Impro » où des spectacles ont permis de rassembler les comédiens invités du festival avec les comédiens locaux. Les créations présentées au public ont souligné les partis-pris parfois radicalement différents défendus par les créateurs/metteurs en scène de ces spectacles.

Speechless était à l’affiche de SUBITO 2016 et n’a pas déçu. Forme longue sans paroles improvisée par Felipe Ortiz et Daniel Orrantia, deux improvisateurs colombiens bluffants, Speechless est une pure merveille. C’est à la fois un voyage sensoriel, émotionnel et mémoriel (car il réveille l’enfant qui sommeille toujours en nous), mis en exergue par les ambiances sonores ensorcelantes de Sarah Michaelson, DJ canadienne experte en habillage musical improvisé, au diapason de la pulsation dégagée par les comédiens sur scène. Le duo colombien démarre sur une simple suggestion du public, autour d’un souvenir d’enfance et, simplement « armés » de quatre chaises, de leurs corps et de leurs émotions, ils emmènent le public dans une histoire muette où on a l’impression de tout entendre. Les scènes s’enchaînent dans des fondus-enchaînés renversants et enserrent le spectateur dans un halo d’émotion pure. Au-delà de la performance bluffante, de l’écoute intuitive sidérante entre les deux comédiens, le plus bouleversant dans ce spectacle est constitué par ces moments suspendus où le duo se cherche entre deux scènes, où ils doivent retrouver une respiration ensemble. Speechless nous dit entre les lignes que l’improvisation est d’abord et avant tout un art du suspense, de la fragilité et de l’imperfection. Accepter cet état de fait, c’est déjà se faciliter la tâche quand il s’agit d’improviser et c’est le meilleur moyen d’en goûter les délices.

The Party était aussi à l’affiche de SUBITO 2016. Cette création improvisée est portée par La Morsure, compagnie rennaise, et son directeur artistique Christophe Le Cheviller, qui a conçu le spectacle. Les artistes invités du festival et les comédiens d’Impro-Infini (soit une douzaine d’artistes sur scène) ont joué ensemble cette création. The Party est conçue comme une tragédie, dans laquelle l’hôte de cette soirée improvisée va tout perdre et ses invités/partenaires de jeu vont lui faire expier tous ses péchés. Le public suggère l’occasion de cette soirée (la représentation du festival était une soirée entre anciens élèves d’un lycée) et le spectacle se déroule en trois actes : l’arrivée progressive des protagonistes de la soirée, la soirée elle-même, rythmée par une playlist musicale et des apartés entre personnages, qui se termine (très) mal, et l’après-soirée où chacun compte ses blessures (parfois mortelles). Le parti-pris de The Party est paradoxal (et c’est ce qui fait son originalité) : tout est improvisé mais tout est déjà écrit. C’est le chaos qui est au bout de la route, inexorablement. Contrairement à la plupart des spectacles d’improvisation qui sont animés par une force centripète (rassembler des éléments épars pour en faire une construction cohérente), The Party est portée par une puissante force centrifuge où tout doit exploser. C’est une véritable centrale nucléaire improvisée, dans laquelle les comédiens éprouvent physiquement et mentalement la sensation de perte de contrôle (ils peuvent notamment boire de l’alcool à volonté sur scène, entre autres joyeusetés).

 

The Party

© Impro Infini

Parmi les autres spectacles à l’affiche de SUBITO 2016, le public brestois a pu aussi assister à la désormais célèbre Nuit dans le Décor, au cours de laquelle des comédiens jouent dans deux décors conçus par Guillaume Le Quément, scènographe et décorateur, et qu’ils découvrent juste avant de jouer. Le décor n’est pas simplement un décor, c’est un véritable univers qui déteint sur les personnages et dans lesquels les comédiens viennent puiser en permanence leurs moteurs de jeu et les failles internes de leurs personnages. Sur l’une de ces deux improvisations, le décor proposé était un circuit-parcours de sécurité routière pour apprendre à conduire et pour certains personnages, cet apprentissage cocasse ou douloureux de la conduite s’est progressivement transformé en remise en cause métaphorique et existentielle du sens qu’ils voulaient donner à leurs vies.

 

Nuit dans le Décor

© Olivier Leroy

Au sortir de ce festival riche de rencontres et de découvertes, on mesure l’impact sur tous ceux qui y ont participé : beaucoup en repartent avec de multiples projets en tête et des promesses de se (re)croiser sur scène. Véritable incubateur d’envies et d’énergies, SUBITO contribue à l’indispensable besoin de rencontres et d’échanges de pratiques exigeantes pour amener l’improvisation théâtrale vers ce qu’elle doit définitivement devenir : un art à part entière. A la fin de son workshop sur le long form (auquel l’auteur de ces lignes a participé), Lee White a conseillé aux participants d’être « d’éternels Chevaliers de la Table Ronde de l’Impro qui s’enfoncent dans les recoins les plus dangereux et effrayants de la Grande Forêt de l’Inconnu pour trouver le Saint-Graal de l’Improvisation. » Belle formule qui résume parfaitement l’état d’esprit d’idéal de l’improvisateur/trice lambda : au delà du résultat et de la performance pure, il faut savoir apprécier le chemin. Bon voyage à tous et à toutes !

Laurent Mazé

Directeur artistique de Paris Impro

Un grand merci aux organisateurs et participants que j’ai croisés pendant le festival pour leur enthousiasme et leur envie de partager. Et merci aussi à Hélène R. et Vincent B. qui m’ont parfaitement résumé les deux dernières soirées auxquelles je n’ai pas pu assister.

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